« Il faut oser »

Rodica Lascu-Pop (31 mars 1946, Vințu de Jos – 1er janvier 2026, Cluj-Napoca) a été professeure des universités, professeure émérite à l’Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca, docteure en philologie romane et directrice de nombreuses thèses de doctorat.

Spécialiste reconnue des littératures francophones, elle a joué un rôle majeur dans la diffusion et l’étude de la littérature belge de langue française en Roumanie, comme enseignante, chercheuse, traductrice, ambassadeur et passeur culturels.

Issue d’une famille où l’éducation, le sens du devoir et l’attention aux autres occupaient une place centrale, elle a très tôt hérité d’un équilibre singulier entre exigence intellectuelle et chaleur humaine. Ces valeurs, transmises par ses parents et ses grands-parents,  ont guidé son enseignement, sa recherche et ce penchant si particulier à accompagner les autres.

Nommée par concours assistante universitaire dès 1969, elle y a parcouru l’ensemble des grades académiques jusqu’à sa nomination comme professeure titulaire en 1998.

En 1990, elle a fondé et dirigé pendant plus de trente ans le Centre d’Études des Lettres Belges de Langue Française (CELBLF), qu’elle a transformé en un pôle international de recherche, de traduction et de coopération universitaire.

Elle a enseigné et donné des conférences dans de nombreuses universités européennes et internationales, et a été le mentor de plusieurs générations de jeunes chercheurs.

À Cluj, Rodica Lascu-Pop a mis en relation directe des étudiants et des chercheurs roumains avec des écrivains francophones. Au fil des années, elle a organisé de nombreuses rencontres, conférences et lectures publiques, transformant la ville en un véritable lieu de dialogue culturel francophone.

Parmi les auteurs belges qu’elle a invités figurent notamment Alain Berenboom, Philippe Cantraine, Geneviève Damas, Jacques De Decker,  Paul Émond, Caroline Lamarche, Claire Lejeune, Marcel Marceau, Pierre Mertens, Yves Namur, Jean-Luc Outers, Philippe Roberts-Jones, Pascal Vrebos ou Françoise Wuilmart.

À partir de 2003, elle a également créé et coordonné la collection Belgica.ro au sein de la maison d’édition Casa Cărții de Știință, collection spécifiquement consacrée à la publication, à la traduction et à la valorisation d’auteurs belges de langue française.

Son engagement a été reconnu par de nombreuses distinctions internationales, parmi lesquelles les Palmes académiques françaises, les ordres de la Couronne et de Léopold II du Royaume de Belgique, ainsi qu’un Doctorat Honoris Causa de l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand.

Au cœur de son existence, la famille est toujours demeurée essentielle. Épouse et mère profondément dévouée, elle n’a jamais dissocié la réussite intellectuelle de la fidélité aux êtres aimés.

Les taquineries tendres et les plaisanteries de son mari, Valentin, et de leur fille, Valentina — qu’elle appelait « mes Valentins » — faisaient toujours naître sur ses lèvres un sourire irrésistible.

Amie sans faille, elle savait le prix de la parole qui encourage ou qui console, du geste discret qui témoigne d’une empathie réelle. Elle était exigente, d’une exigence qui s’exerçait d’abord envers elle-même.

Elle aimait les chats, dont la présence apaisante l’accompagnait dans son travail intellectuel. Elle aimait les fleurs et se faisait une fête d’en remplir la maison ou de les soigner dans le jardin qui accueillait, souriant, coloré, amis et étudiants.


Elle aimait les belles choses, les bijoux témoignant de la passion de l’artisan, et disait en riant que, dans une seconde vie, elle aurait rêvé être maître joailler. Et, d’une certaine manière, elle l’était, car elle avait pour les mots l’amour d’un bijoutier, les pesant, les ciselant avec une infinie patience afin de trouver le ton et l’expression qui sonne juste, ne trahisse ni le génie de la langue ni l’esprit de l’auteur.

Elle répétait souvent Il faut oser, il faut aller de l’avant pour faire avancer les choses, ne point s’enliser dans la routine, prendre ses risques, faire face. Elle savait le prix à payer, l’assumait.

Son héritage demeure vivant à travers ses travaux, les chercheurs qu’elle a formés et les liens durables qu’elle a su créer entre les cultures et les personnes.